« Expression des cinq éléments sur un Sahaja Yogi ». Delhi (Inde), 16 décembre 1998.

Je leur explique que la conception du savoir indien est très différente de la pensée occidentale. En Occident, voyez-vous, avant d'affirmer quoi que ce soit, on exige une validation expérimentale. On consulte des scientifiques ou d'autres personnes compétentes pour vérifier la véracité des propos tenus dans les livres. On va jusqu'à juger le Christ, voire Moïse. On juge tout le monde comme s'il s'agissait de la personne la plus intelligente et la plus capable. Et l'on publie livre après livre à leur encontre, les présentant comme des personnes ayant tenu des propos insensés.

Cette conception n'est jamais acceptée, et si elle l'est, elle engendre un fanatisme absolu. Or, selon la conception indienne, si un grand Rishi, un grand Muni, ou un saint, a dit quelque chose, alors il l'a dit, et il faut simplement l'écouter, car nous sommes tous différents. Ce qu'il a dit relève de sa propre expérience, de sa propre connaissance, et il ne vous appartient pas de le juger ou de dire que ceci est faux ou que cela est faux. Vous acceptez ses paroles, et une fois que vous avez atteint la réalisation de soi – qui est clairement inscrite après elle –, vous devez évoluer. Devenir un être parfait, et alors vous pourrez constater par vous-même la vérité de ses paroles.

L'approche est donc différente. Si vous vous lancez dans une démarche scientifique, en explorant diverses disciplines, vous n'irez nulle part et votre développement sera freiné. Il vous faut donc accéder à cette connaissance en croyant en ce qui a été dit. Il faut croire en ce que le Christ a dit, en ce que Mahomet a dit, en ce que Guru Nanak a dit, en ce que Gyandeva a dit, en ce que Lao Tseu a dit : et ainsi de suite. Car vous n'avez pas encore atteint ce niveau spirituel. Acceptez-le donc. N'essayez pas de l'analyser. Toute analyse est source d'égarement. Ce n'est qu'une fois que vous aurez atteint la réalisation spirituelle à ce niveau et que vous aurez atteint votre plénitude – ce que nous appelons sampurna – que vous saurez si ce qui a été dit est vrai ou non, et vous pourrez le découvrir. Il est alors très facile de discerner la vérité. Pour les Sahaja Yogis, il est désormais très facile de discerner le réel de l'irréel, la vérité du mensonge, l'amour de la haine. Cela se fait uniquement par les vibrations.

Mais au-delà de ça, il faut savoir ce que sont ces vibrations et de quoi elles sont faites. Quelle est la force subtile qui les sous-tend ? On l'appelle Paramchaitanya. Paramchaitanya, et alors ? Ce qui se produit en vous lorsque vous atteignez Paramchaitanya, c'est quelque chose qu'il faut comprendre, les subtilités.

Comme je l'ai dit, nous sommes composés des cinq éléments, d'accord ? Alors, lorsque vous atteignez l'éveil, lorsque la Kundalini atteint le Sahasrara et ouvre la zone de votre fontanelle, vous ne faites plus qu'un avec la Puissance Divine. Cette Puissance Divine commence alors à circuler en vous. Une connexion s'établit. Lorsque la Shakti commence à circuler en vous, que se passe-t-il ensuite ? Il est important de comprendre la dimension subtile. Cette dimension subtile est la suivante : ces cinq éléments dont nous sommes faits, ces vibrations, se décomposent progressivement en leurs formes plus subtiles. La première chose qu'une personne dans cet état perçoit, ce sont ces décompositions, car il est dit que « la Parole est Dieu ». On le lit aussi dans la Bible : « La Parole est Dieu ». Mais qu'est-ce que cette Parole ? La Parole est un commandement silencieux, un commandement silencieux, pourrait-on dire. On peut l'appeler ainsi.

Mais de ce Verbe naît, selon la philosophie indienne, une autre chose que nous appelons « Bindu »… ou l’on peut dire qu’un Verbe devient Naad, un son… et puis il devient le Bindu, qui signifie un petit point, et puis à partir de ce point… vous voyez, tous ces cinq éléments commencent à se manifester les uns après les autres.

Le premier élément qui se manifeste est la lumière, « Tej ». La lumière est le premier élément qui apparaît. Son essence même est la lumière. Nous l'appelons Tej, Tejas. Bien sûr, ce terme est écrit en sanskrit, mais il est important de comprendre à quel point la lumière imprègne le Sahaja Yoga et qu'on la perçoit partout. Ce premier élément, la lumière, pourrait être traduit en français par « éveil ». Mais l'éveil a une autre signification : il s'agit de Tej, Tej. Par exemple, une personne qui atteint la réalisation a un visage rayonnant ; on pourrait parler de « rayonnement ». Le rayonnement est la subtilité de la lumière. Ce rayonnement se manifeste sur le visage, s'exprime et impressionne. Les gens sont touchés et perçoivent quelque chose de spécial chez cette personne rayonnante.

Vous avez sans doute vu mes photographies, où qu'elles se trouvent. Souvent, la lumière y est omniprésente. Il s'agit simplement de la lumière en moi qui rayonne, car elle devient plus subtile. Lorsque la lumière en moi s'adoucit – la lumière étant un élément –, elle rayonne, et c'est ainsi que se produit en vous une croissance subtile. Vos visages aussi se mettent à rayonner. Ils ont, eux aussi, un éclat différent, je dirais. Ce rayonnement, il faut le comprendre, est la subtilité de la lumière dont nous sommes faits, la lumière brute.

Ensuite, de la lumière émane la seconde chose, que nous appelons Vayu en sanskrit, c'est-à-dire l'air. L'air que nous respirons, l'air grossier, est subtilement transformé en une brise fraîche. Cette brise fraîche est la dimension subtile de cet air. La dimension subtile de ce que vous percevez comme brise fraîche correspond à ce que nous appelons vibrations, et cette dimension subtile est l'air lui-même, qui fait partie intégrante de notre être. Ainsi, cette brise fraîche devient la seconde chose dont la subtilité s'affine progressivement. Au fur et à mesure de votre évolution, toutes ces dimensions subtiles s'expriment. Vous ne recevez pas seulement des vibrations, mais aussi la brise fraîche, cette dimension subtile de l'air qui vous a façonné.

Vient ensuite l'eau. Nous sommes aussi faits d'eau. La subtilité de l'eau, c'est que – parfois, le langage anglais manque un peu de mots pour exprimer ce qu'il veut dire – rend la peau, même dure, douce. La peau devient douce. C'est un autre signe d'une âme réalisée. Il y a bien une crème qu'ils utilisent, n'est-ce pas, pour adoucir le visage. Mais c'est l'eau en nous qui nous donne cet éclat, cette nutrition, qui rend notre peau si douce, et cette douceur devient très visible. C'est le minimum, je dirais.

Mais une âme réalisée devient alors une personne très douce, très délicate. Quand elle parle à quelqu'un, sa voix est chaleureuse, ou plutôt – [Shri Mataji parle en hindi] – elle a ce flux, ce flux fluide et cette fraîcheur de l'eau. C'est donc une autre subtilité qui devrait s'exprimer dans votre comportement, sur votre peau, dans vos relations avec les autres : vous devriez être comme l'eau, qui est mobile, rafraîchissante, apaisante, purificatrice. Ainsi, cela devient également une partie intégrante de votre être, une fois que vous devenez une âme réalisée.

Avec cette eau, il y a aussi autre chose que nous appelons Agni, c'est-à-dire le feu. Il y a donc aussi du feu, mais c'est un feu très silencieux. Il ne brûle personne, mais il consume tout ce qui est mauvais en vous. Il consume tout ce qui est mauvais en vous, et il consume aussi le mal chez les autres. Par exemple, si une personne vient me voir avec une grande colère, cette colère s'apaise grâce au feu présent en elle. De plus, une âme réalisée ne peut être brûlée, le feu ne peut la brûler, la brûlure ne peut l'atteindre. C'est très important à comprendre. De même, si vous faites le mal, cela peut vous brûler, mais si vous êtes un bon Sahaja Yogi, et j'irais même jusqu'à dire un Sahaja Yogi parfait, le feu ne vous brûlera jamais. Prenons l'exemple de Sita Ji qui s'est soumise à l'épreuve du feu (Pariksha) : rien n'a brûlé. Voilà ce qu'il faut comprendre : une fois que l'on atteint les subtilités du feu, le feu et l'eau deviennent tous deux d'une nature divine.

Par exemple, l'eau que vous touchez, l'eau que vous buvez, bref, tout ce dans quoi vous plongez la main, vibre. Qu'est-ce que cela signifie ? La subtilité de l'eau s'y imprègne, sa fraîcheur, ses vertus curatives. Ainsi, lorsqu'elle devient plus subtile, tous ces pouvoirs se manifestent, et vous pouvez le constater par vous-même. Nul besoin d'expérimenter.

Enfin, il y a la Terre Mère. Son élément le plus important est la Terre Mère. Il existe une photographie prise en Russie, dans ma datcha, où la Kundalini est présente au sein de la Terre Mère. Elle y est clairement visible. Elle est là, et c'est la Terre Mère qui se manifeste. Par exemple, j'ai vu des fleurs s'épanouir dans ma chambre. Elles peuvent devenir immenses, des fleurs que personne n'a jamais vues. Parfois, on me dit : « Je ne fais rien. Je suis juste assise. » Et que se passe-t-il ? Vous voyez, le principe de la Terre Mère opère, la Terre Mère subtile. Elle agit, elle est une mère. Elle vous nourrit et vous permet de grandir en bonne santé. Voilà comment fonctionne cette subtilité de la Terre Mère.

La Terre Mère est la source de toutes ces fleurs, de tous ces arbres et de toute la vie, mais elle joue aussi un rôle essentiel en nous. Non seulement la Terre Mère existe indépendamment de nous, mais nous ne la respectons pas. Nous l'avons polluée, nous lui avons fait subir toutes sortes d'actes, nous avons abattu les arbres et nous l'avons saccagée. Pourtant, elle est notre Mère et tant de subtilités émanant d'elle nous imprègnent. L'une d'elles est la gravité. Une personne devient très attirante, non pas au sens physique, mais au sens spirituel. Une telle personne attire les autres. Ils se sentent attirés et perçoivent en elle quelque chose de spécial. C'est l'une des qualités de la Terre Mère. Si elle ne nous avait pas maintenus en harmonie avec elle, nous serions tombés de son mouvement. D'autres qualités de la Terre Mère se manifestent également en nous, et nous devenons, oserais-je dire, extrêmement tolérants et patients. Tolérants et patients… extrêmement tolérants et patients. Mais si vous manquez de tolérance, si vous êtes colérique, etc., le principe de la Terre Mère n'est pas respecté, à mon avis. Regardez la Terre Mère. Combien elle tolère nos bêtises, tous les torts que nous lui faisons, et pourtant elle continue de tolérer. La tolérance est la qualité première de Sri Ganesha. Jusqu'à un certain point, il tolère. De la même manière, nous aussi, nous devenons extrêmement tolérants, patients et indulgents.

C'est le minimum absolu qui devrait arriver à tous les Sahajayogis qui vibrent, car je vous ai maintenant révélé tout ce qui s'exprime dans vos vibrations. Il est essentiel de comprendre que ce que vous êtes devenu est quelque chose de très grand, qui n'est arrivé à personne d'autre, à personne qui n'est pas un véritable Sahaja Yogi. Observez les gens qui vont à l'église, à la mosquée ou au temple, regardez leurs visages. Regardez-les, à quoi ressemblent-ils ? Ils n'ont rien retiré du temple, rien de la mosquée, rien de ces lieux de culte. C'est artificiel. C'est devenu quelque chose, devrais-je dire, sans aucun lien avec la réalité. Ce n'est qu'après la Réalisation que vous vous connectez à la réalité et que vous pouvez comprendre toutes ces subtilités qui agissent à travers vous.

Je vous dis cela parce que je souhaite que vous vous connaissiez et vous reconnaissiez, que vous compreniez qui vous êtes, ce que vous possédez. Une fois que vous vous serez reconnu et compris, vous pourrez accomplir beaucoup de choses. Tout d'abord, affirmer que je suis un Sahaja Yogi exige une grande confiance en soi. Une personne confiante devrait se demander : qu'ai-je accompli en tant que Sahaja Yogi ? Que puis-je faire en tant que Sahaja Yogi ? Certains Sahaja Yogis ont réalisé des merveilles. Ils ont accompli un travail considérable dans le domaine du Sahaja Yoga, tandis que d'autres m'écrivent encore : « Mon mari se dispute avec moi, mon fils est comme ceci, ma mère comme cela » ; vous voyez, je reçois lettre après lettre. Vous êtes un Sahaja Yogi. Maintenant, concentrez-vous sur vos subtilités, travaillez-y. Ils pensent que je suis là pour résoudre leurs problèmes, leurs problèmes familiaux, leurs problèmes professionnels, etc. Je ne suis pas là pour cela. Je suis ici pour vous aider à prendre conscience de vous-même et à comprendre que, quoi que vous ayez, vous devez l'accepter comme un défi, le relever comme tel, et vous serez étonné de voir à quel point vous serez aidé et comment vous obtiendrez des résultats !

« Sahaja » ne signifie pas seulement que vous atteignez une réalisation spontanée. Cela signifie aussi que vous accédez à la spontanéité. La nature entière est spontanée. Toutes ces choses subtiles dont je vous ai parlé, elles aussi, apparaissent spontanément et se mettent en place. Bien sûr, il y a des anges et des ganas qui vous aident, mais vous n'avez pas à vous en soucier pour l'instant. L'essentiel est que vous preniez conscience de qui vous êtes, de ce que vous possédez et de la manière dont vous avez surmonté les difficultés. J'ai constaté que chaque fois que je rencontre un petit problème, la solution se résout immédiatement. Cela fonctionne dans des domaines et avec des personnes auxquels je ne m'attendais pas. Tout se met en place naturellement. Et tout ce qui se résout est pour votre bien, pour votre croissance, pour votre compréhension que vous êtes un Sahaja Yogi. Vous êtes entré dans le Royaume de Dieu, mais vous devez développer cette dimension.

L'introspection peut aussi vous révéler si vous travaillez réellement sur tous ces sujets. Si vous vous y adonnez, vous serez surpris de constater que, oui, vous possédez ces capacités et que vous pouvez accomplir des merveilles.