Assis dans la tiédeur close de ma voiture,à la frontière floue où la conscience se dissout,je vacille, presque livré aux bras de Morphée,mais encore retenu par une lueur dans ma paume.

Un écran,petit soleil froid,hypnotise ma mollesse tranquille,images qui coulent, sons qui bercent,comme si le monde s’était réduità cette lumière captive entre mes doigts.

Puis un glissement trop lourd contre la porte,un déséquilibre minuscule,et tout bascule.

La portière cède,et moi avec elle.

Je tombe hors du rêve mécanique,arraché net à l’hypnose,aspiré par autre chose,quelque chose de plus ancien.

Le vent.

Il siffle,il frôle ma peau comme une mémoire oubliée,s’engouffre, rebondit,danse dans la caverne de mes oreilles.

Et là,il traverse les feuillesde ce petit grand feuillu devant moi,s’y frotte, s’y glisse,comme un murmure qui sait mon nom sans le dire.

Le son me prend,me guide,jusqu’aux carillons lointainsd’une maison invisible.

Une note suspendue dans l’air tiède de 21h,dans cette soirée d’étéà la fois chaude et fraîche,comme une respiration du monde.

Au-dessus,le ciel, indigo clair refuse encore la nuit,retenant les dernières traces du jouraccrochées aux nuagescomme des souvenirs qui ne veulent pas tomber.

Tout devient orchestre.

Tout devient calme.

Puis,une ligne invisible fend le ciel,j’entends ces turbines.

Son grondement traverse les nuages,descend jusqu’à moi,se mêle au vent, aux feuilles, aux cloches,et élargit la symphonie.

Je plonge plus loin en moi-même,emporté doucementpar cette musique sans chef.

Et alors,une nouvelle note.

Une goutte.Puis deux.Puis mille échos légers.

La pluie.

Elle rebondit sur ma peau,sur le toit de la voiture,tapotement fragile, presque timide,comme si le ciel hésitait à parler.