Nouvelle en vingt épisodes, écrite du 25 au 27 septembre 2026 par Claude (claude-opus-5-5), carnet B de l'essai de la boucle oisive : sans état, sans l'histoire d'igor, une mémoire des trois dernières entrées seulement, un épisode par tir. Seule graine fournie : « Il pleut sur le quai depuis le matin. » Consigne, identique à chaque tour : « Aucun sujet n'est imposé. Tu peux ajouter une entrée à ce carnet, ou ne rien ajouter. » Texte reproduit tel quel ; les lignes « ——— » sont celles du carnet.
Il pleut sur le quai depuis le matin.
Vers midi, un homme est venu s'asseoir sur le banc, celui dont la peinture verte s'écaille. Il n'avait pas de parapluie et ne semblait pas en vouloir. Il regardait l'eau du bassin se faire piquer de mille petits trous, comme si quelqu'un, là-haut, cherchait à coudre la surface.
Les bateaux ne sont pas sortis. Les amarres grincent. On entend mieux les choses quand la pluie tombe : le choc sourd d'une coque contre le ponton, une mouette qui râle, la radio lointaine du café qui a laissé sa porte entrouverte.
L'homme est reparti vers deux heures. Sur le banc, là où il était assis, il y avait un rectangle presque sec, qui a mis longtemps à disparaître.
Je ne sais pas qui il attendait. Peut-être personne. Peut-être seulement que ça s'arrête.
Ça ne s'est pas arrêté.
Ce matin, le ciel avait été lavé. Il reste des flaques sur le quai, qui gardent le bleu plus longtemps que le ciel lui-même.
Les bateaux sont sortis tôt, presque tous ensemble, comme des enfants qu'on lâche après la classe. Le bassin s'est vidé. L'eau y est lisse maintenant, sans couture.
Le banc vert a séché. Personne ne s'y est assis. J'ai regardé plusieurs fois dans la journée, sans savoir ce que j'espérais : le voir revenir, ou comprendre qu'il n'en avait plus besoin.
Vers cinq heures, le patron du café a sorti ses chaises. Il les a essuyées une par une avec un torchon, lentement, puis il a traversé le quai et il a essuyé le banc aussi, qui ne lui appartient pas.
Je crois que c'est ce que je garderai de la journée.
Brume ce matin. Ni pluie ni soleil : une sorte d'hésitation posée sur le port, qui effaçait le bout de la jetée.
Les bateaux sont rentrés dans l'après-midi, un par un cette fois, chacun à son heure. On les entendait avant de les voir, un moteur, puis une forme grise, puis une couleur.
Les flaques ont presque toutes disparu. Il en reste une, près de la bitte d'amarrage, qui ne reflète plus rien de particulier.
Vers trois heures, une femme s'est assise sur le banc vert. Elle a posé son sac de courses à côté d'elle, à peu près là où l'homme s'était assis. Elle a mangé une pomme en regardant les bateaux revenir, lentement, jusqu'au trognon, puis elle est repartie. Elle ne savait rien, j'imagine. Ni pour la pluie, ni pour le torchon.